Chapitre 14 : « Rien ne nous rend si grand qu'une si grande douleur. » DE MUSSET

 Chapitre 14 : « Rien ne nous rend si grand qu'une si grande douleur. » DE MUSSET
Clairefontaine, Salle de Presse ~ 18h.

Mon coeur bat à tout rompre tandis que la liste s'affiche sur le mur. Landreau, Carrasso... et Lloris. Je pousse un soupir de soulagement, et jette un rapide coup d'oeil à la suite de la liste. Pas de grosses surprises, c'est à peu près celle qui avait été annoncée, puisque la seule grosse incertitude concernait les gardiens. Je sors rapidement de la salle pour téléphoner à Andy. Anthony m'attend dehors, sous la pluie.
- Alors ? Demande-t-il.
- Raymond en a ejecté six. Alou Diarra, Djibril Cissé, Sébastien Frey, Hatem Ben Arfa, Phillipe Mexès et Mathieu Flamini.
- Attends, t'es sérieuse, là ? Tu veux dire qu'il a gardé Gomis ?!
- Je te jure que ce n'est pas une blague douteuse de ma part.
Andy ne répond pas. Je décide de lui envoyer un message, tout en écoutant Anthony marmonner un truc du genre «dans ce cas, il aurait au moins pu prendre Hoarau, pas Gomis...». Alors que j'ai fini d'envoyer mon message, il est toujours en train de grommeler.
- J'y crois pas. Le mec te sort un bon match, et il dégage Cissé. C'est pas incroyable ?
Je soupire.
- Anthony... nous sommes journalistes. Pas sélectionneurs. Ce n'est pas notre boulot de dire ce qui est bien ou pas.
- On a quand même le droit d'avoir un avis, non ?
- Oui, mais il importe peu. Moins qu'un avis de supporter.
- Et bien, considère que c'est un avis de supporter. La France va se planter en beauté, tu verras.
Je le regarde, incrédule. Voilà ce qui me dégoûte, dans le football actuel.
- Alors tu pars du principe qu'on va perdre ? C'est ça pour toi, être supporter ?!
Il a l'air surpris par mon ton agacé.
- Je dis simplement qu'avec une équipe comme ça...
- Supporter l'Equipe de France, ou n'importe quelle autre équipe, c'est la supporter en toutes circonstances, tu vois ? Etre derrière eux, même quand il n'y a pas beaucoup d'espoir. C'est ne pas quitter le navire, même quand il coule.
Je reprend mon souffle.
- C'est à cause de supporters comme toi que l'Equipe de France connaît un tel désamour, Dis-je en le pointant du doigt. Alors si pour toi c'est ça être supporter, je pense tout simplement qu'on n'a pas la même conception du football.
Je m'éloigne, énervée par ce que je viens d'entendre. Ce genre de discours bateaux, et récurrents dans le football moderne, et plus particulièrement chez les supporters de l'Equipe de France, qui ont tendance à laisser leur équipe sombrer sans rien faire. C'est exactement le genre de trucs que je ne supporte pas. Cette vision étroite du football, qui consiste à admirer uniquement les plus forts. Un peu facile, je trouve.

# Posté le vendredi 26 septembre 2008 16:28

Modifié le mardi 27 octobre 2009 09:49

Chapitre 15 : « C'est en faisant des erreurs qu'on apprend. »

Je jette un coup d'oeil à la lettre qui m'a été envoyée au bureau, puis renvoyée par mon frère à l'hôtel de Vienne, où se trouve l'Equipe de France durant l'Euro. Ce soir, les Bleus jouent leur premier match. J'ouvre l'enveloppe, à la fois anxieuse et curieuse de savoir ce qu'elle contient.

« Chère Mademoiselle,

Je suis à l'heure actuelle, l'un de vos plus fidèles lecteurs. J'aime vos analyses, que je trouve toujours très justes, et très mesurées. J'aime vos coups de gueule, qui sont souvent percutants et incisifs. Cependant, le dernier m'a fait réagir. Vous parlez d'un "désamour entre l'Equipe de France et ses supporters". Néamoins, il serait plus juste de ne pas mettre tout le monde dans le même sac. Nous sommes là pour les supporter, et nous n'avons pas besoin que quelqu'un comme vous nous rappelle ce que nous avons à faire, car si vous considérez que nous sommes tous les mêmes à laisser tomber nos Bleus, vous vous trompez. Pour la plupart nous n'avons jamais sifflé l'hymne national, ou encore critiqué les décisions du sélectionneur. Ne prenez pas ceci comme une attaque personnelle, ou encore comme une critique envers vos articles. Je voulais juste vous rappeler que l'Equipe de France possède encore de vrais supporters, qui seront toujours là pour la porter, quoiqu'il arrive. Il serait bon de ne pas l'oublier, ne croyez-vous pas ? »


Je repose la lettre, en souriant. C'est exactement le genre de réactions que je voulais voir soulevées par mon article. Réveiller un peu le vrai public de l'Equipe de France, trop étouffé par ceux qui se chargent de la pourrir à chaque fois, en sifflant la marseillaise, le sélectionneur, et même les joueurs. Je peux comprendre qu'on soit insatisfait des résultats infructueux, qui ne sont tout simplement pas dignes d'une équipe présente dans le Top 10 du classement mondial. Cependant, je ne peux pas concevoir qu'on en vienne à siffler un joueur comme Henry, qui se défonce à chaque match, qui est le meilleur buteur de l'histoire, et qui représente la France, en portant le brassard de capitaine. Ni comprendre qu'on puisse siffler l'hymne, ou encore cracher sur un drapeau, qui sont les symboles de tout un pays. Au-delà du football, ce sont des nations de patriotisme, ou encore des valeurs, telle que le respect. Mais il est vrai que j'ai eu tendance à flanquer tout le monde dans le même sac, sans me poser de questions, suite à mon altercation avec Anthony. La prochaine fois, je ferais plus attention.
- Kelly, on part dans cinq minutes.
- J'arrive, Dis-je en rangeant la lettre dans mon sac.
Ca m'évitera de refaire deux fois la même erreur.

Ernst-Happel-Stadion ~ 20h45.

Anthony et moi-même arrivons en courant dans la tribune fermée, réservée aux journalistes. Les autres nous regardent d'un air agacé, comme si on venait de perturber une cérémonie religieuse, ou un truc du genre. Anthony se retient difficilement pour ne pas exploser de rire. Je jette rapidement un coup d'oeil sur la pelouse. France-Roumanie, c'est l'affiche de ce soir, et Domenech a refusé d'annoncer qui de Lloris ou Landreau serait titulaire avant le coup d'envoi.
- Qui est dans la cage ? Demande Anthony.
Je regarde de plus près.
- Landreau.
Anthony me regarde, l'air dubitatif. Puis, voyant mon air agacé, se reprend tout de suite.
- Mais il va très bien s'en sortir ! C'est l'Equipe de France, après tout.
Je souris légèrement. Mon petit discours sur sa façon de supporter l'Equipe de France l'a fait réagir. D'ailleurs, les supporters sont venus en nombre, ce soir, et j'ai même l'impression qu'une banderole m'est personnellement adressée : « Les vrais supporters seront toujours là. ». Je souris en pensant que le supporter qui m'a envoyé la lettre est peut-être parmi eux. Au moins j'aurais eu un certain impact, ce qui veut dire que le journal a une certaine portée en France. C'est plutôt bon signe.

# Posté le mardi 14 octobre 2008 18:39

Modifié le dimanche 01 novembre 2009 16:57