- Laquelle ?
- A propos de l'Euro...
Il éclate d'un grand rire qui me fait sursauter.
- Tu sais, je me suis vraiment pris ça en plein dans la gueule.
Son visage s'assombrit soudainement.
- Avec Raymond, on avait une relation particulière. Comme... un père et son fils. Je suis déçu, blessé aussi. L'Equipe de France, l'Euro, étaient mes objectifs de fin de saison. Je m'y étais préparé... pour rien. C'est difficile à avaler.
- Je comprends.
- Oh, je ne sais pas si quelqu'un peut réellement comprendre. Cela restera la plus grosse déception de ma carrière, en même temps que mon plus gros échec. L'équipe de France a toujours été ces dernières saisons mon fil rouge, je m'y suis beaucoup investi, sur le terrain et en dehors. Et là...
Sa voix se brise. Il a l'air vraiment très ému. Il fait tourner distraitement sa cuillère entre ses doigts, l'air gêné. Je garde le silence durant quelques secondes, pour ne pas le mettre mal à l'aise.
- Tu sais, je peux concevoir que cela ne soit pas facile pour toi. Alors... si tu veux arrêter...
- Non, non. Surtout pas. Au contraire, j'ai vraiment envie de t'aider, Dit-il en esquissant un sourire.
- Merci. Ce que j'ai déjà recueilli constitue une bonne base. Tu m'en a déjà appris beaucoup plus que je ne l'espérais, Dis-je en souriant aussi.
- Tu n'auras qu'à m'apeller, quand tu veux, lorsque tu as un moment de libre.
Il déchire un petit morceau de mon bloc-notes et y note son numéro de téléphone. Puis il prend une feuille entière sur laquelle il note un petit mot, puis qu'il signe.
- Voilààààà. Et ça, c'est pour ton frère. Allez viens, je vais te ramener.
Il insiste pour payer l'addition, et attend que je finisse de ranger mes affaires. Nous sortons tous les deux du café, puis nous retrouvons sa voiture. Un petit quart d'heure plus tard, je retrouve le Camp des Loges. Avant de fermer la porte de la voiture, je lui adresse un dernier mot.
- Mickaël ?
- Oui ?
- Merci pour ta gentillesse. J'espère de tout mon coeur que tu vas t'en sortir.
- Merci à toi. Je commençais à croire qu'il n'y avait plus un journaliste sain sur cette planète.
Je ferme la portière, et il démarre. Je me dirige lentement vers ma voiture, le souvenir de ce premier entretien gravé dans ma mémoire. J'en ai appris plus sur le football en un peu plus d'une heure, qu'en deux mois. Par curiosité, je regarde le papier qu'il a gentiment adressé à Nathan.