Chapitre 4 : « On a peur de quelque chose parce qu'on nous a préparés à avoir peur. » NGUGI

Banlieue Parisienne ~ 14h.

Je viens enfin d'arriver chez moi. J'habite dans une petite maison, avec mon père, Andy et mon petit frère de huit ans, Nathan. A peine ai-je mis les pieds dans la maison, que ce dernier saute à mon cou.
- Kellyyyyyyy ! T'es enfin rentrée !
Je pose tant bien que mal ma valise et le serre dans mes bras.
- Nathan, je ne suis partie que trois jours, Dis-je gentiment.
- Oui, mais tu m'as quand même manqué ! Gros comme ça.
Il décrit un immense cercle avec ses mains. J'éclate de rire. Mon père passe sa tête par l'encadrement de la porte de la cuisine.
- Ca a été ? Demande-t-il.
- C'était terrible. Andy a été insupportable.
- Sois un peu indulgente, Kelly. Andy se donne beaucoup de mal pour réussir.
- Je le sais, je plaisante... Je me donne du mal aussi pour qu'il réussisse, tu sais ?
Je m'asseois sur le plan de travail, à côté de lui. Comme toujours, il m'adresse un regard de reproche, mais reprend sa préparation sans rien dire.
- Je repars demain.
Il stoppe soudainement son geste. Puis il se retourne et regarde Nathan, qui s'est soudain arrêté de sautiller partout, comme à son habitude. Je fronce les sourcils, sans comprendre.
- Tu avais dit qu'on irait à Paris ensemble demain !
Mon coeur rate quelques battements. J'ai fait cette promesse à Nathan depuis plus de trois mois. Et j'ai repoussé à chaque fois.
- Ca fait déjà plusieurs fois que tu repousse ça, Dit mon père.
- Je sais, Dis-je en soupirant. Mais là, je n'ai vraiment pas le choix. Andy compte sur moi.
Mon père soupire, et reprend la préparation de son dîner. Nathan a baissé la tête, l'air visiblement déçu. C'est en voyant la carte de Mickaël Landreau qu'il tient dans les mains que j'ai soudain une idée.
- Ceci dit... on pourrait faire un truc beaucoup mieux la semaine prochaine.
Nathan relève la tête, intrigué.
- Mais, c'est une surprise, bien sûr.


Londres, Heathrow Airport ~ 7h26.

Il pleut. Le ciel est gris. A l'image de mon humeur. J'ignore pourquoi, mais je ne sens pas du tout cette interview. Je monte dans un taxi, sans grande motivation.
- Stamford Bridge, Fulham Road.
Le taxi me dépose, un peu plus tard, pas très loin du stade. Je lui donne quelques livres sterling, puis il s'éloigne. Je me hâte de rejoindre le centre d'entraînement de Chelsea, batîment très imposant. Je rentre, après avoir présenté ma carte à une cinquantaine de personnes. Moi qui me plaignait des contrôles du centre de l'OCG Nice... Je me présente à la recéptionniste, à qui j'explique que j'ai rendez-vous avec Abramovitch. Elle me fixe quelques secondes, puis m'indique bêtement l'ascenceur, et le dixième étage. Je monte rapidement, puis patiente quelques secondes dans le couloir. Tandis que je lisse les derniers plis persistant sur ma veste, une porte s'ouvre au bout du couloir. Je souffle un grand coup. Maintenant, je ne peux plus reculer. Je dois le reconnaître, j'ai peur.
Chapitre 4 : « On a peur de quelque chose parce qu'on nous a préparés à avoir peur. » NGUGI

# Posté le jeudi 05 juin 2008 17:32

Modifié le lundi 26 octobre 2009 17:07

Chapitre 5 : « Quand la passion fait la vie. »

Chapitre 5 : « Quand la passion fait la vie. »
La secrétaire d'Abramovitch m'invite à entrer dans son bureau.
- Bien, Dit-il. Soyez concise, précise et claire, je vous prie. Je n'ai pas beaucoup de temps.
Ca commence fort. Je n'ai même pas eu le temps de dire un mot, que je perd déjà tous mes moyens. Il est terriblement intimidant. Je tente désespérément de retrouver mon calme.
- Tout d'abord, j'aurais voulu savoir ce que vous pensez de l'exclusion de Porto de la Ligue des Champions.
Je pose mon magnétophone sur la table. Il y jette un regard méfiant, puis reprend la parole.
- S'ils ont réellement triché, ils méritent leur punition. Utiliser l'argent à des fins pareilles n'est pas très judicieux.
Plutôt comique, de la part d'un homme qui est soupçonné de corruption d'arbitres toutes les semaines. Sans aucun commentaire, je poursuis mon entretien, en le questionnant sur sa façon de gérer son club. C'est un personnage absolument fascinant lorsqu'il s'agit de parler d'argent. Il en parle d'une façon extraordinaire, presque comme si sa vie en dépendait.
- Ne pensez-vous pas que le club puisse construire une grande équipe avec des joueurs de votre centre de formation ? Prenez John Terry. C'est peut-être le meilleur central au monde, aujourd'hui, Dis-je.
Il prend une grande inspiration et joint ses mains.
- Ecoutez. Une grande équipe n'existe pas sans grandes stars, c'est comme ça. Prenez le Real Madrid, ils ont Ronaldo et Kakà. Barcelone possède Ibrahimovic, ou Henry, Liverpool possède Torres... les stars ne viennent jamais à vous. Il faut aller les chercher.
- Est-ce pour cette raison que vous avez investi près de 400 millions d'euros de votre fortune personnelle pour les transferts depuis votre arrivée au club ?
- Notamment, oui, Dit-il.
- Mais... ne pensez vous pas que les sommes engagées pour Chelsea provoquent une certaine instabilité dans le marché des transferts en Europe ?
- Je ne m'en soucie aucunement. Tout ce qui m'intéresse, c'est la réussite de mon club.
Au moins, il n'y va pas par quatre chemins. Son honnêteté est surprenante. Personnage étrange, vraiment. A la fin de l'interview, il me serre la main et me raccompagne même jusqu'à la porte.
- Je dois dire que vous avez du cran, Dit-il. D'habitude, personne n'ose aborder de tels sujets. La corruption, l'argent... et pourtant, c'est ce qui rythme notre cher football, aujourd'hui.
- Ces sujets ne devraient pas être tabous, et pour une raison inconnue, ils le sont. Il faut bien que quelqu'un mette le doigt là où ça fait mal.
Je hoche la tête, en signe de remerciement, puis je sors. Finalement, ça n'était pas si terrible. Et même plutôt révélateur.

Le lendemain, Paris ~ 17h30.

- Alors ?
- D'accord, d'accord, tu avais raison, ça te va ? Ca ne change rien au fait que je n'aurais jamais la même vision du football que lui.
- Ce n'est pas ce qu'on te demande.
- On dirait qu'il est en transe à chaque fois qu'il prononce le mot «argent», Dis-je.
Andy lève les yeux au ciel, tandis que je lui donne mon article.
- Bon, il va falloir que j'y aille, Dis-je en regardant ma montre. Je dois passer chercher Nathan.
- Tu l'emmènes au Parc ?
- Huhu. C'est une surprise. D'ailleurs, quand tu en auras marre de dormir au bureau, Papa et lui aimeraient bien te voir un peu, tu sais ? Dis-je en lui tapotant gentiment l'épaule.
- Je sais, je sais. J'ai énormément de boulot, Dit-il en se frottant les yeux.
Je sais pertinemment que mon frère se défonce pour que son journal marche. Il ne s'en rend probablement pas compte, mais j'ai tout fait pour que son second rêve se réalise après que le premier se soit brisé. Si moi j'ai toujours voulu être journaliste, lui aurait dû être footballeur professionnel. Gardien, plus précisément. Son genou en a décidé autrement, et il s'est tourné vers le journalisme sportif, histoire de ne pas perdre totalement sa voie. Et je vais l'aider, parce qu'au fond, le sport c'est ça. La fraternité, la solidarité. L'entraide. C'est ça qu'on cherche à défendre.

# Posté le vendredi 06 juin 2008 17:44

Modifié le lundi 26 octobre 2009 21:54

Chapitre 6 : « Il est plus facile de critiquer, que d'imiter. » ZEUXIS

Chapitre 6 : « Il est plus facile de critiquer, que d'imiter. » ZEUXIS
Paris, Parc des Princes ~ 19h30.


- Ouaaaaaaah ! Merci, merci, merci, merci !
Nathan saute partout dans les couloirs du Parc des Princes.
- Nathan, calme-toi un peu, Dis-je en jetant un coup d'oeil au vigile à l'air peu aimable.
- Est-ce qu'on pourra voir Landreau ? S'il te plaiiiiiiit !
- On verra, on verra. Viens t'asseoir pour le moment.
Il vient s'asseoir à côté de moi, et regarde tout autour de lui avec émerveillement. Il n'est pas particulièrement supporter du PSG, comme Andy, mais il aime le football en général. Et plus particulièrement les gardiens, Mickaël Landreau étant son gardien favori.
- Tu vas lui parler ?
- Je ne sais pas, les joueurs ne sont pas des robots, tu sais. Et puis, je ne suis pas la seule à vouloir le questionner.
Une demi-heure plus tard, les premiers joueurs font leur apparition. Je parviens à obtenir quelques mots de Jérémy Clément et de Bakary Koné. Puis, Landreau se montre enfin dans les couloirs, tête basse, l'air fatigué.
- Euh... Monsieur Landreau ?
Evidemment, Nathan n'a pas pu se retenir. Il a pris la parole avant que j'ai eu le temps de faire un geste. Landreau le regarde avec étonnement.
- Oui ?
- Je voulais juste vous dire que vous êtes le meilleur gardien, Dit timidement mon frère.
Landreau lui adresse un grand sourire.
- C'est gentil.
Il s'aperçoit enfin de ma présence. En voyant mon badge de journaliste, son visage s'assombrit immédiatement.
- Si c'est pour dire que je suis responsable de la situation du PSG, je le sais déjà.
- Kelly ne dirait jamais une chose pareille, Dit Nathan en levant la tête vers lui. Sinon je lui interdirais d'être ma grande soeur.
Landreau éclate de rire.
- Bon, eh bien dans ce cas... je suppose que je peux faire une exception.
- Malheureusement, on a plus beaucoup de temps, Dis-je. Est-ce que je pourrais vous rencontrer une autre fois ?
- Disons... demain ?
- Ca me va, Dis-je en souriant.
- Mon entraînement se termine à 10h au Camp des Loges. Evidemment, mon humeur dépendra du résultat de ce soir, Dit-il avec un sourire.
- Très bien, merci beaucoup.
Il s'éloigne, après avoir parlé encore un peu avec Nathan. Ce dernier a du mal à contenir sa joie.
- Waouuuh yihaaaaah !
- Nathan, je t'en supplie, calme-toi !
- Pardon, Dit-il avec un petit sourire malicieux.
Tandis que je sermonne Nathan, Hugo se montre enfin. Un grand sourire se dessine sur son visage lorsqu'il m'aperçoit.
- Kelly ! Tu as pu venir, Dit-il joyeusement.
- J'avais fait une une promesse, Dis-je en souriant. Je te présente Nathan, mon petit frère.
- Salut Nathan, moi c'est Hugo.
Nathan serre fébrilement la main d'Hugo. Il a le regard fixé sur ses gants. Hugo m'adresse un regard interrogateur.
- Il adore les gardiens, Dis-je à voix basse.
- Oh, je vois. Tiens, alors.
Hugo lui tend ses gants. Nathan le regarde comme s'il n'en croyait pas ses yeux.
- Mais...
- J'ai une autre paire, Dit Hugo avec un clin d'oeil.
Nathan a l'air rayonnant. Hugo regarde le bout du tunnel.
- Bon, il faut que je file, je dois aller m'entraîner. A tout à l'heure.
Il nous adresse un petit signe de la main et sort en courant.
- Ouaaaah, il est trop cool ! Hugo...
- Lloris, Dis-je simplement. Hugo Lloris... Allez viens, on va s'installer pour le match.
La tribune est remplie, lorsque Nathan et moi y mettons les pieds. Landreau est le dernier joueur à s'entraîner sur le terrain. Le pauvre doit avoir une pression terrible. Tout ça à cause de ces foutues critiques, qui n'ont pas lieu d'être. Critiquer et s'acharner sur une seule personne. Voilà tout ce que les journalistes savent faire à l'heure actuelle. Et bien sûr, j'en suis. Au final je ne vaux peut-être pas mieux qu'eux.

# Posté le mercredi 11 juin 2008 16:52

Modifié le lundi 26 octobre 2009 18:28

Chapitre 7 : « Souvent le désespoir a gagné des batailles. » VOLTAIRE

Le match vient tout juste de se terminer. Paris a gagné, certes, mais Hugo a sorti un match grandiose. Quant à Landreau, il a probablement fait le plus beau match de sa carrière. Tout simplement incroyable. Voilà qui va faire taire les critiques pour un bout de temps.
- T'as vu quand il a arrêté la tête de...
- Oui, Nathan tu me l'as raconté trois fois déjà, Dis-je en soupirant.
Malgré tout, je suis fière en voyant les étoiles qui brillent dans ses yeux. Il a vraiment l'air d'avoir apprecié sa soirée.
- Allez viens, je dois encore travailler un peu, et après on y va.
- Moi plus tard, je veux faire comme toi.
- Dans ce cas, ne travaille jamais pour Andy, Dis-je d'un air blasé.
Il me suit avec enthousiasme. La plupart des joueurs sont déjà rentrés. Hellebuyck, Chantôme et Armand acceptent de me donner leurs réactions d'après-match. Je sais que cela sera largement suffisant pour Andy, en attendant mon entretien avec Landreau.
- J'ai terminé Nathan. On y va ?
- Ooooh... déjà ? Dit-il avec la mine déconfite.
- Eh, on ne va pas camper au Parc des Princes, Dis-je en riant. Je te promets qu'on reviendra.
Il se décide finalement à mettre sa main dans la mienne et à me suivre. J'ai un petit pincement au coeur en pensant que je n'ai pas dit au revoir à Hugo, et que je ne le reverrai probablement pas avant longtemps. Mais bon tant pis. Après tout, je ne sais même pas pourquoi je me suis attachée à lui. C'est stupide.
- Kelly ! Attends !
Ce n'est plus du tout stupide. Je me retourne, avec le sourire. Il est là, l'air essouflé.
- Ne bouge pas Nathan je reviens tout de suite.
Je me précipite vers Hugo en rigolant à moitié.
- Est-ce que tu ne serais pas en train de me courir après ?
- Si, je crois que c'est un peu ça, Dit-il en se grattant la tête l'air gêné. Je voulais te dire au revoir; vu que je ne reviendrai pas avant un moment.
- Adieu, Dis-je d'un ton ironique.
- N'exagère pas, on aura sûrement l'occasion de se revoir bientôt, Dit Hugo.
- Je l'espère, oui. Tout dépendra de mon frère.
- Alors je compte sur toi pour le convaincre, Dit-il avec un sourire.
Je fouille dans mon sac à la recherche d'un stylo dans mes affaires et note soigneusement mon numéro de téléphone dans la paume de sa main.
- Au cas où je n'y arrive pas, pense à moi un de ces jours, Dis-je en souriant.
Je retourne vers Nathan qui balance un dernier «merci, M'sieur Lloris», en agitant ses gants dans tous les sens. Hugo lui adresse un dernier clin d'oeil, et s'en va. J'en suis sûre à présent, que ce soit en tant que joueur, ou en tant qu'homme, Hugo est bien différent de ceux que j'ai pu rencontrer jusqu'à maintenant. Je n'ai plus qu'à prier pour qu'un type du style Abramovitch ne le fasse pas changer avec un contrat mirobolant... Après sa prestation au match de ce soir, et s'il continue à ce rythme là... j'entend déjà les sirènes des plus grands clubs. Ce monde du football est tout simplement... désespérant.
Chapitre 7 : « Souvent le désespoir a gagné des batailles. » VOLTAIRE

# Posté le samedi 14 juin 2008 18:10

Modifié le lundi 26 octobre 2009 22:00

Chapitre 8 : « On a bouleversé la Terre avec des mots. » DE MUSSET

Camp des Loges ~ 9h57.

Je suis en avance. Nathan est venu me réveiller avant de partir à l'école pour me supplier de lui ramener un autographe de Landreau. J'attends ce dernier devant la sortie du camp. Il sort quelques minutes plus tard.
- Salut... Kelly, c'est ça ?
- Euh... oui.
- On a qu'à se tutoyer, vu qu'on va passer un moment ensemble, Dit-il simplement.
- Si tu veux.
Il est impressionant de sincérité. Aux antipodes des joueurs actuels. Loin de toute cette superficialité devenue quotidienne dans le football.
- Allez viens, je t'emmène au café, Dit Mickaël.
- Mais... ma voiture ?
- Je te ramènerai quand on aura fini.
Il m'ouvre la portière. Je monte rapidement. Il monte à son tour et démarre. Quelques supporters traînent encore dans le centre d'entraînement.
- Alors, ça fait combien de temps que tu es journaliste ? Demande-t-il.
- Un peu plus de deux mois.
- Oh, je comprends mieux. C'est peut-être pour ça que tu n'as pas encore fait ma critique.
- Je ne suis pas de ce genre là, tu vois. Ca ne m'intéresse pas de critiquer les joueurs. Jamais je ne supporterais la pression qu'ils endurent, toute cette exposition médiatique autour d'eux... et si je ne suis pas capable me mettre à leur place, alors je pars du principe que je n'ai pas le droit de les critiquer, Dis-je simplement.
Il reste silencieux quelques minutes.
- Tu sais, Dit-il soudainement, je déteste tout ce qu'est devenu le football. Les joueurs sont devenus des objets aux yeux des dirigeants...
- Et des demi-dieux au yeux des supporters, Dis-je en soupirant.
Il éclate de rire et se gare devant un petit café.
- Voilà, on est arrivés.
Je descend dans la voiture, et le suit dans le café. Il essaie de se faire discret.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Il n'y a pas tellement de supporters parisiens dans ce coin, mais on ne sait jamais, Dit-il en souriant.
- Mais tu as fait un super match hier !
- Ils s'en fichent pas mal, tout ce qu'ils retiennent, c'est le nombre de points que je leur ai fait perdre. C'était déjà comme ça à Nantes. En fait... c'est pareil dans tous les clubs, je crois.
Je soupire et m'asseois mollement. Je sors mon bloc-notes, tandis qu'il commande deux cafés.
- Bien, Dis-je. En fait, ça tombe plutôt bien qu'on puisse avoir cet entretien. Je voudrais... te demander une faveur.
- Hmm, je t'écoute.
- J'ai décidé d'écrire un livre. Comme mon grand frère me l'a bien expliqué, je sais que je ne vais pas changer le monde, mais je voudrais que les gens ouvrent un peu les yeux sur le football actuel. Beaucoup s'imaginent que tout est beau...
Mickaël regarde quelques secondes dans le vide, l'air pensif. Puis il reprend ses esprits et me regarde droit dans les yeux.
- Tu sais, je crois que tu es différente. Et j'aime bien ta franchise. Alors... je vais t'aider.
Je lui adresse un grand sourire, qu'il me rend.
- Dis-moi... juste une chose, avant de commencer.
- Oui ?
- Qu'est-ce qui te donne la force de continuer dans des moments comme ça ?
Il laisse échapper un petit rire en regardant fixement sa tasse de café. Puis il relève la tête, et son expression s'assombrit soudain.
- Ces derniers temps, je me suis souvent demandé pourquoi je continuais... je sais que je suis mauvais, je sais que je fais perdre des points importants à mon club. Mais ça arrive à tout le monde, d'avoir une mauvaise passe. Malheureusement, quand ça arrive au gardien, on le remarque forcément.
Il soupire longuement et se frotte les yeux. Il a soudainement l'air usé, fatigué.
- En fait, si je n'ai pas abandonné, c'est tout simplement parce que je ne PEUX pas, Dit-il doucement.
- Tu ne peux pas ?
- Non. J'ai beaucoup donné pour en arriver là. Tu n'as pas idée de ce qu'on peut vivre lorsqu'on entre au centre de formation. Tu es séparé de tes parents, tu ne vois pas passer ta jeunesse... pas de sortie, rien. Juste travailler, travailler, et travailler encore. Pour réaliser ton rêve. J'ai fait trop de sacrifices pour pouvoir m'arrêter comme ça.
- Mais tu l'as dit toi-même, tu as fait ça pour réaliser ton rêve.
- Sauf que je n'imaginais pas que mon rêve deviendrait un cauchemar, Dit-il d'un ton amer.
Il a les yeux qui brillent. Il me boulverse, tout simplement. Il possède cette façon de dire les choses si... touchante. Son visage est marqué par les épreuves récentes qu'il a subies. Et pourtant... il a toujours cette volonté au fond de lui. Je me demande toujours comment... comment fait-il pour s'accrocher ?

# Posté le samedi 14 juin 2008 19:11

Modifié le lundi 26 octobre 2009 19:32