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Chapitre 3 : « L'imprévu a ses charmes, mais que de cruelles surprises, il recèle souvent... » D. POTVIN

Paris, Aéroport Roissy-Charles De Gaulle ~ 10h30.

Ca fait maintenant une bonne demi-heure qu'Andy est au téléphone, cigarette à la main. Je somnole sur mon siège, dans le grand hall de l'aéroport, en attendant qu'il daigne bien vouloir me raccompagner.
- Très bien, faites-moi la une là-dessus.
Je rouvre paresseusement un oeil. Andy vient de racrocher. Il a l'air totalement incrédule.
- Porto est exclu de la Ligue des Champions, Dit-il.
- Quoi ?!
- Ils sont soupçonnés de tentative de corruption des arbitres durant la saison 2003-2004.
Je ne peux réprimer un petit rire. Une fois de plus, le football vient de se détruire lui-même.
- Et voilà. Un scandale de plus. Décidément...
- Ouais, Grimace Andy. Ca craint. Encore une histoire de pognon.
- Le football tourne beaucoup autour de l'argent ces derniers temps, Dis-je ironiquement.
Andy soupire et lève les yeux au ciel.
- Kelly, je t'en prie... tu me sors la même rengaine à chaque fois.
- Tu sais très bien que j'ai parfaitement raison, Dis-je avec un regard accusateur.
- Bref, Dit-il. On y va.
Je m'empresse de le suivre, en traînant ma valise derrière moi. Il m'aide à la mettre dans le coffre, et nous montons dans la voiture. Le trajet se fait en silence, et je finis par m'endormir. Jusqu'à ce qu'Andy me réveille, avec sa douceur habituelle.
- Allez ! Réveille-toi !
- Oh, ça va, j'arrive, Dis-je en me frottant les yeux.
Il m'aide tout de même à sortir de la voiture. Le siège du journal se dresse devant nous. Je récupère ma valise, et pénètre dans l'immeuble. Comme d'habitude, le hall d'entrée est particulièrement rempli.
- Pffff, t'aurais au moins pu me laisser le temps de rentrer à la maison, Dis-je en soupirant.
- Et sinon, à part râler, tu sais faire autre chose ?
Nous montons plusieurs étages, en ascenceur, puis nous arrivons devant la porte la plus imposante de l'immeuble. Son bureau, évidemment. Un papier rose, synonyme de dépêche importante est posé en évidence sur son bureau. Il le lit en fronçant les sourcils.
- C'est ton jour de chance, Dit-il. Tu peux rentrer à la maison.
- Vraiment ?
- Oui. Mais ne défais pas ta valise, tu repars demain.
- Oui, je le sais vu que c'est ce qui était prévu.
Il affiche un léger sourire moqueur. Je sens le mauvais coup venir.
- J'ignore pourquoi il a accepté de nous recevoir étant donné qu'on a même pas de renommée à l'échelle nationale, mais on a obtenu l'autorisation d'interviewer Roman Abramovitch. Et tu as tiré le gros lot !
- C'est une blague, bien sûr.
- J'ai l'air de plaisanter ?
- Alors, attends que je résume : tu veux m'envoyer interviewer un type pour qui le football ne se résume qu'aux millions qu'il peut investir dans un joueur ? Tu veux que je l'assassine, c'est ça ?
Andy laisse échapper un petit rire. Il se place en face de moi et pose ses mains sur mes épaules en me regardant dans les yeux.
- Ecoute-moi. Je sais que tu es bornée, c'est d'ailleurs pour ça que je t'ai embauchée. Pas parce que tu es ma soeur, mais parce que j'aime tes opinions tranchées. Malheureusement ça fait un bout de temps que le football est basé essentiellement sur l'argent. Les grands dirigeants font de leurs clubs des entreprises, qu'ils font fructifier à travers les plus-values qu'ils peuvent obtenir sur les joueurs, ou grâce à des gros transferts. C'est comme ça. On ne peut rien y faire, Dit-il.
Le pire, c'est qu'il a raison. Bien sûr, je ne vais pas me rabaisser à le reconnaître devant lui, mais je sais que c'est comme ça. Et ce n'est pas moi, petite journaliste qui vais y changer quelque chose. Je décide donc de détourner le sujet.
- Tu sais que ce n'est que ma deuxième interview ?
- La première était parfaite. Et on a eu beaucoup de retour positif des lecteurs.
Je regarde par la fenêtre durant quelques minutes. Roman Abramovitch... je ne sais vraiment pas à quoi m'attendre avec lui.
- Très bien, Dis-je en reprenant mes esprits. C'est d'accord, j'irai.
Il fronce les sourcils, visiblement étonné.
- Je suis sûr qu'il y a un mais.
- Je veux être envoyée spéciale sur le match Paris-Nice, en échange.
J'ai prononcé cette phrase avec tant d'aplomb qu'il me regarde d'un air soupçonneux. Je soutiens son regard sans rien laisser paraître.
- Paris-Nice, hein... Et pourquoi Paris-Nice ?
- Parce que j'aime le PSG, évidemment, Dis-je avec un sourire moqueur.
- Ne te moque pas du PSG, Dit-il sur un ton de reproche. Très bien, c'est d'accord. Allez, file maintenant.
Je ne me fais pas prier pour sortir. J'ai une envie folle de rentrer à la maison. Vivre sans cesse la tête dans le football est usant, à force. Un jour pour déconnecter, avant d'aller interviewer le président d'un des plus grands clubs européens. La semaine s'annonce longue... très longue.

# Posté le mercredi 04 juin 2008 17:09

Modifié le lundi 26 octobre 2009 16:37

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