<< Le football est le reflet de notre société. >>

Nous voilà donc repartis, pour une nouvelle aventure. Après deux fictions sur l'Olympique Lyonnais, que j'ai trouvé par ailleurs très moyennes, j'ai décidé de me lancer dans l'écriture d'une troisième fiction. Celle-ci aura pour objectif de raconter une histoire, évidemment, mais également de dénoncer quelque chose, à travers cette même histoire. Les commentaires n'auront plus d'importance à mes yeux. Tout ce que je recherche, à travers ce qui sera probablement ma dernière fiction, c'est avant tout à exprimer mon point de vue. En ésperant que vous prendrez autant de plaisir à lire cette fiction, que j'ai de plaisir à l'écrire.

Les personnes souhaitant être averties de la suite devront mettre un commentaire ici & nulle part ailleurs.

Sur ce, bonjour chez vous, & bonne lecture.

KELLY_
*
# Posté le lundi 02 juin 2008 18:42
Modifié le mercredi 13 août 2008 18:14

PROLOGUE

Rêve, bonheur, fierté. Bienvenue dans le monde aseptisé du football. Ce monde qui paraît si beau & attirant, vu de l'extérieur. Mais comme on dit, mieux vaut ne pas se fier aux apparences. Un aspect utopique en surface, mais un vrai monde de pourris à l'intérieur. Les vraies valeurs se sont perdues, étouffées par l'argent, les tricheries, les rivalités & les scandales. Et le sport dans tout ça ? C'est la triste réalité, celle qu'on essaie de camoufler, celle qu'on fait semblant de ne pas voir... & pourtant. Il va bien falloir qu'on arrête de se voiler la face. Le football est devenu une putain de machine à fric.

<< Lorsque vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité. >>
SiR ARTHUR CONAN DOYLE.

A présent, plongeons dans cet univers fantasque qu'est devenu le football.
# Posté le lundi 02 juin 2008 19:05
Modifié le mercredi 13 août 2008 18:15

<< La raison, le jugement, viennent lentement, les préjugés accourent en foule. >> J.J. ROUSSEAU. Chapitre I

 << La raison, le jugement, viennent lentement, les préjugés accourent en foule. >>  J.J. ROUSSEAU.  Chapitre I
Nice, Hôtel Negresco. 7h52.

Accoudée au balcon de ma chambre d'hôtel, j'observe les nombreux touristes déambulant le long de la Promenade des Anglais, tandis que le soleil diffuse ses premiers rayons de la journée. Perdue dans mes pensées, je met quelques secondes à réaliser que mon téléphone sonne. Je reprend rapidement mes esprits, et décroche.
- Allô ?
- Kelly, c'est Andy. Tu as rendez-vous dans une demi-heure au camp d'entraînement.
- Très bien, j'y serai. Je te donnerai l'article ce soir. Il ne me manque que les interviews.
- C'est entendu, à ce soir.
Je raccroche. Andrew Matters, plus connu sous le nom d'Andy, est mon patron depuis maintenant deux mois. Je travaille pour un petit quotidien sportif, qui commence tout juste à se faire un nom. Je gagne une misère, mais après tout, il faut bien commencer par quelque chose. De toute façon, je n'avais pas vraiment d'autre choix. Il a bien fallu que je me débrouille. Parce dans la vie, quoique l'on fasse, on est toujours seul.

Centre d'entraînement de l'OGC Nice. 8h30.

Armée de mon bloc-notes, de mon magnétophone et de mon appareil photo, je débarque dans le vaste centre d'entraînement de l'OGC Nice. Des dizaines de personnes, pour la plupart salariés au club, se pressent et se croisent dans tous les sens. J'accroche mon badge de journaliste à mon t-shirt, histoire de ne m'attirer aucun ennui. Je déteste ce genre de trucs, ces protocoles, qui rendent les joueurs tellement inaccessibles. Comme si il fallait absolument porter un badge pour pouvoir faire sortir deux mots de leurs bouches. Après avoir présenté ce foutu badge à une bonne dizaines de personnes, je parviens enfin à trouver la salle de presse. Un jeune joueur m'attend, assis sur une table, balançant ses jambes dans le vide, comme l'aurait fait un petit garçon. Il a l'air timide, presque gêné d'être là. Je vérifie son nom sur mon bloc-notes.
- Hum... Monsieur Lloris ?
Il redresse la tête, comme si cela le surprenait que je l'appelle << monsieur>>. Puis il m'adresse un petit sourire, tout en hochant la tête pour aquiescer. Je pose mes affaires sur la table.
- Je m'excuse, mais je... enfin. C'est ma première interview quoi.
- Eh bien comme ça, on est deux, Dit-il avec un sourire.
- C'est votre première interview ?
- Je viens tout juste de signer pro.
- Ah, je comprend.
Je rougis, en réalisant que je ne me suis absolument pas renseignée sur lui. Ca commence bien, bravo Kelly. Première erreur, et je suis déjà en train de perdre tous mes moyens.
- Est-ce que ça va ? Demande-t-il.
- Je ne suis absolument pas au point, c'est affreux.
- On a qu'à improviser !
J'éclate de rire, tout en pensant à la tête qu'Andy fera quand je lui présenterais mon interview "improvisée".
- De toute façon, on a pas vraiment le choix. Allons-y, Dis-je en soupirant.
- Juste une chose...
- Oui ?
- Ca t'embêterais de me tutoyer et de m'appeler Hugo ? Parce que j'ai l'impression de prendre dix ans quand on m'appelle Monsieur ou qu'on me vouvoie.
Je lui adresse un immense sourire. En deux minutes, il vient de balayer tous les préjugés que je me faisais sur les joueurs. Bon, évidemment, il vient juste de signer, il est tout jeune, alors ça ne suffit pas à m'enlever tous mes doutes, mais quand même. L'interview se déroule à merveille. Il conserve toujours son air timide, mais notre faible différence d'âge semble le mettre à l'aise.
- Voilà, c'est fini.
- Oh, c'était du rapide, Commente-t-il.
- Pour une première interview, c'est plutôt pas mal.
Tandis que je range mes affaires, il m'observe du coin de l'oeil.
- Alors tu es journaliste à Nice ? Demande-t-il.
- Non. Je suis une envoyée spéciale, Dis-je avec un sourire.
- Oh, alors tu va repartir ?
- Oui, je suis affiliée à Paris.
- Paris... quelle ville morne... Nice, c'est bien mieux.
- Je dois avouer que c'est plutôt pas mal. J'y reviendrai à l'occasion.
J'ai enfin fini de ranger mes affaires. Je lui tend maladroitement ma main, qu'il s'empresse de serrer.
- Eh bien Hugo, je suis ravie d'avoir fait ta connaissance.
- Moi de même.
- Bonne continuation.
- A toi aussi.
Je lui adresse un dernier sourire, puis je sors de la salle de presse. Voilà qu'en deux minutes, un jeune garçon, de vingt ans à peine, vient de boulverser toute la vision que je me faisais d'un joueur de football. Mais après tout, tout ça n'est qu'histoire de point de vue... Préjugés, comme toujours.
# Posté le mardi 03 juin 2008 17:26
Modifié le samedi 18 octobre 2008 20:25

<< Le grand destin de l'homme est de refuser son destin. >> JEAN HAMBURGERChapitre II

 <<  Le grand destin de l'homme est de refuser son destin. >> JEAN HAMBURGERChapitre II
Nice, Centre-Ville. 20h30.

J'attend, assise au bar, tripotant distraitement mon verre de mojito. Ca fait plus d'une demi-heure que j'attend Andy, qui doit passer chercher mon article. J'attrape mon portable et compose son numéro. Une fois de plus, messagerie. Je soupire, et vide mon verre, avant d'en commander un autre. Tandis que je finis mon deuxième verre, mon téléphone sonne enfin.
- Andy. J'ai failli attendre.
- Je suis désolé... j'ai eu un empêchement. En fait, je ne pourrai pas venir, Dit Andy.
- Oooooh Andy, tu abuses. T'aurais pu me le dire avant.
- Je suis désolé. Tu n'aura qu'à déposer ton article à la réception de l'hôtel. J'irais le chercher tout à l'heure.
- Très bien, Dis-je en soupirant. Passe une bonne soirée.
- Toi aussi. Et sois à l'heure demain matin.
Je raccroche en soupirant à nouveau. J'attrape mon bloc-notes et me décide à écrire mon prochain article. Tandis que je suis concentrée sur la rédaction de mon papier, une main se pose sur mon épaule, me faisant sursauter.
- Je ne pensais pas te voir ici.
Ce visage, cet air timide. Reconnaissable entre mille.
- Hugo ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- Ben, je viens souvent ici. J'habite pas très loin. Et puis... je peux te retourner la question.
- Oh, j'attendais mon patron pour lui donner mon article, mais il n'a pas pu venir. Alors au lieu de perdre mon temps, je prends de l'avance, Dis-je en lui montrant mon article.
- Tu écris aussi sur le tennis ? Demande-t-il en parcourant le papier des yeux.
- A la base, je suis plus spécialiste en tennis qu'en football. Pour cette fois, disons que c'est juste un remplacement.
- Tu n'aimes pas le foot ?
- Non pas que je n'aime pas le côté sport. Mais tout le côté business, le fait de mettre les joueurs sur un piedestal... ça m'agace.
Il réfléchit durant quelques secondes.
- C'est vrai que je n'avais pas envisagé les choses sous cet angle-là. Je suppose qu'on ne voit pas les choses de la même façon de l'intérieur et de l'extérieur.
- Probablement.
Il commande un café, et reprend la parole après quelques minutes de silence.
- Alors tu repars demain ? Demande-t-il.
- Oui. Demain matin. Et je repars après-demain pour l'Open d'Australie.
Hugo me regarde, l'air surpris. J'éclate de rire en voyant sa tête.
- La vache, Dit-il. Tu n'es jamais fatiguée ?
- J'ai choisi de vivre comme ça. Et puis... ça me fait voyager.
- Est-ce que tu sera à Paris, à la fin de la semaine prochaine ?
- Hum... il me semble. Pourquoi ?
- Paris-Nice. Je devrais jouer mon premier match en Ligue 1.
Je le regarde en souriant. Il en parle comme de sa plus grande fierté.
- J'étais là pour ta première interview, alors je n'ai pas le droit de rater ton premier match.
Il a soudain l'air rayonnant. Je lui répond par un sourire, puis je regarde ma montre.
- Mince, il est déjà 23h. Je vais devoir y aller.
- Très bien, Dit-il. J'espère te voir au Parc la semaine prochaine, alors.
- Je ferais mon possible pour être là. Salut Hugo.
Je sors du café, en marchant lentement. Même à cette heure là, de nombreux touristes vagabondent encore le long de la plage. Je m'asseois sur un muret, et observe les quelques enfants qui courent encore sur la plage, surveillés de près par leurs parents. Je me pose toujours des questions sur ce monde étrange qu'est le monde du foot. D'un côté ces joueurs qui réalisent la chance qu'ils ont, de pouvoir vivre de leur passion, comme un Jérémy Toulalan, un Eric Carrière, comme Hugo... De l'autre côté, ces joueurs stars, qui profitent de leur statut et de leur notoriété, pour se placer au-dessus des autres. Au centre, les présidents de clubs, et les institutions. Ces Abramovitch, ces Laporta, ces Moratti, qui lavent le cerveau des joueurs, en dictant leur conduite à coups de millions, puis les jettent, lorsque de nouveaux talents apparaissent. Cruel destin... et pourtant. Il ne tient qu'à eux de le refuser.
# Posté le mercredi 04 juin 2008 11:35
Modifié le samedi 18 octobre 2008 20:25

<< L'imprévu a ses charmes mais il est perfide, et que de désagréables surprises, cruelles même, il recèle souvent... >> DAMASE POTViN Chapitre III

<< L'imprévu a ses charmes mais il est perfide, et que de désagréables surprises, cruelles même, il recèle souvent... >> DAMASE POTViN Chapitre III
Paris, Aéroport Roissy-Charles De Gaulle. 10h30.

Ca fait maintenant une bonne demi-heure qu'Andy est au téléphone. Je somnole sur mon siège, dans le grand hall de l'aéroport.
- Très bien, merci.
Je rouvre paresseusement un oeil. Andy vient de racrocher. Il a l'air totalement incrédule.
- Porto est exclu de la Ligue des Champions, Dit-il.
- Quoi ?!
- Ils sont soupçonnés de tentative de corruption des arbitres durant la saison 2003-2004.
Je ne peux réprimer un petit rire. Une fois de plus, le football vient de se détruire lui-même.
- Et voilà. Un scandale de plus. Décidément...
- Ouai, Dit Andy en faisant la grimace. Ca craint. Encore une histoire de pognon.
- Le football tourne beaucoup autour de l'argent ces derniers temps, Dis-je ironiquement.
Andy soupire et lève les yeux au ciel.
- Kelly, je t'en prie... tu me sors la même rengaine à chaque fois...
- Tu sais très bien que j'ai parfaitement raison, Dis-je avec un regard accusateur.
- Bref, Dit-il. On y va.
Je m'empresse de le suivre, en traînant ma grosse valise derrière moi. Un taxi nous attend dehors. Lorsque nous montons dans la voiture, Andy indique l'adresse au chauffeur. Le reste du trajet se fait en silence. Une demi-heure plus tard, Andy me secoue pour me réveiller.
- Allez ! Réveille-toi !
- Oh, ça va, j'arrive, Dis-je en me frottant les yeux.
Il m'aide à sortir de la voiture. Le siège du journal se dresse devant nous. Je récupère ma valise, et pénètre dans l'immeuble. Comme d'habitude, le hall d'entrée est particulièrement rempli.
- Pffff, t'aurais au moins pu me laisser le temps de rentrer chez moi, Dis-je en soupirant.
- Tu pourra rentrer tout à l'heure, Dit-il. On a qu'un petit briefing à faire.
J'ai soudain très envie de rentrer tout de suite chez moi. Les briefings, je déteste. Deux heures de blabla pour rien. Je le suis à contrecoeur dans la salle. Une note est posée sur la table. Andy la parcourt des yeux. Ces derniers s'agrandissent au fur et à mesure qu'il avance dans sa lecture.
- Bien, Dit-il. Tu vas être contente. Le briefing est annulé. Tu peux rentrer chez toi.
- Vraiment ?
- Oui. Mais ne défais pas ta valise, tu repars demain.
- Je le sais.
- Par contre... y'a léger changement de programme, Annonce Andy.
Mon visage se ferme immédiatement. J'avais tellement envie de retrouver les courts de tennis. Et voilà qu'Andy va encore me coller un truc pourri à faire.
- On a obtenu une autorisation pour interwiever Roman Abramovitch. J'ai eu le temps de lire ton interview d'Hugo et j'ai trouvé ça plutôt pas mal. Alors voilà, je te confie ta première grosse interview.
- J'espère que tu plaisantes.
- Bien sûr que non.
- Tu veux m'envoyer interviewer un type pour qui le football ne se résume qu'aux millions qu'il peut investir dans un joueur ? Tu veux que je l'assassine, c'est ça ?
Andy laisse échapper un petit rire. Il se place en face de moi et pose ses mains sur mes épaules en me regardant dans les yeux.
- Ecoute-moi. Je sais que tu es bornée, c'est d'ailleurs pour ça que je t'ai embauchée, mais malheureusement ça fait un bout de temps que le football est basé essentiellement sur l'argent. Les grands dirigeants font de leurs clubs des entreprises, qu'ils font fructifier à travers les plus-values qu'ils peuvent obtenir sur les joueurs, ou grâce à des gros transferts. C'est comme ça. On ne peut rien y faire, Dit-il.
Le pire, c'est qu'il a raison. Bien sûr, je ne vais pas me rabaisser à le reconnaître devant lui, mais je sais que c'est comme ça. Et ce n'est pas moi, petite journaliste qui vais y changer quelque chose. Je décide donc de détourner le sujet.
- Tu sais que ce n'est que ma deuxième interview ?
- Oui. Mais tu es ma meilleure journaliste à l'heure actuelle. On a eu beaucoup de retour des lecteurs sur tes articles.
Je regarde par la fenêtre durant quelques minutes. Roman Abramovitch... je ne sais vraiment pas à quoi m'attendre avec lui. Il va falloir que j'étudie un peu le personnage.
- Très bien, Dis-je en reprenant mes esprits. J'irai. Mais en échange, je voudrais que tu m'accorde une faveur.
- Je t'écoute.
- Je voudrais être envoyée spéciale sur le match Paris-Nice.
J'ai prononcé cette phrase avec tant d'aplomb qu'il en est presque surpris. Il me regarde d'un air soupçonneux. Je soutiens son regard sans ciller.
- Paris-Nice hein ? Et pourquoi Paris-Nice ?
- J'ai fait une promesse, Dis-je simplement.
Totalement vrai. Sans pour autant dévoiler la véritable raison de ma demande. L'art et la manière de mentir, sans mentir vraiment. C'est pas donné à tout le monde.
- Très bien, c'est d'accord. Allez, file maintenant.
Je ne me fais pas prier pour sortir. J'ai une envie extraordinaire de sauter au cou de tout le monde, de crier mon bonheur. J'en suis sûre, maintenant, je le reverrai dans une semaine. Voilà qui me motive même à aller interviewer Roman Abramovitch. Soit dit en passant, il y a une chance, aussi infime soit-elle, qu'il parvienne à me faire changer d'avis sur son compte... qui sait ? On est jamais à l'abri d'une surprise.
# Posté le mercredi 04 juin 2008 17:09
Modifié le samedi 18 octobre 2008 20:27