Nice, Hôtel Negresco. 7h52.
Accoudée au balcon de ma chambre d'hôtel, j'observe les nombreux touristes déambulant le long de la Promenade des Anglais, tandis que le soleil diffuse ses premiers rayons de la journée. Perdue dans mes pensées, je met quelques secondes à réaliser que mon téléphone sonne. Je reprend rapidement mes esprits, et décroche.
- Allô ?
- Kelly, c'est Andy. Tu as rendez-vous dans une demi-heure au camp d'entraînement.
- Très bien, j'y serai. Je te donnerai l'article ce soir. Il ne me manque que les interviews.
- C'est entendu, à ce soir.
Je raccroche. Andrew Matters, plus connu sous le nom d'Andy, est mon patron depuis maintenant deux mois. Je travaille pour un petit quotidien sportif, qui commence tout juste à se faire un nom. Je gagne une misère, mais après tout, il faut bien commencer par quelque chose. De toute façon, je n'avais pas vraiment d'autre choix. Il a bien fallu que je me débrouille. Parce dans la vie, quoique l'on fasse, on est toujours seul.
Centre d'entraînement de l'OGC Nice. 8h30.
Armée de mon bloc-notes, de mon magnétophone et de mon appareil photo, je débarque dans le vaste centre d'entraînement de l'OGC Nice. Des dizaines de personnes, pour la plupart salariés au club, se pressent et se croisent dans tous les sens. J'accroche mon badge de journaliste à mon t-shirt, histoire de ne m'attirer aucun ennui. Je déteste ce genre de trucs, ces protocoles, qui rendent les joueurs tellement inaccessibles. Comme si il fallait absolument porter un badge pour pouvoir faire sortir deux mots de leurs bouches. Après avoir présenté ce foutu badge à une bonne dizaines de personnes, je parviens enfin à trouver la salle de presse. Un jeune joueur m'attend, assis sur une table, balançant ses jambes dans le vide, comme l'aurait fait un petit garçon. Il a l'air timide, presque gêné d'être là. Je vérifie son nom sur mon bloc-notes.
-
Hum... Monsieur Lloris ?Il redresse la tête, comme si cela le surprenait que je l'appelle << monsieur>>. Puis il m'adresse un petit sourire, tout en hochant la tête pour aquiescer. Je pose mes affaires sur la table.
-
Je m'excuse, mais je... enfin. C'est ma première interview quoi.-
Eh bien comme ça, on est deux,
Dit-il avec un sourire.
-
C'est votre première interview ?-
Je viens tout juste de signer pro.-
Ah, je comprend.Je rougis, en réalisant que je ne me suis absolument pas renseignée sur lui. Ca commence bien, bravo Kelly. Première erreur, et je suis déjà en train de perdre tous mes moyens.
-
Est-ce que ça va ? Demande-t-il.
-
Je ne suis absolument pas au point, c'est affreux.-
On a qu'à improviser ! J'éclate de rire, tout en pensant à la tête qu'Andy fera quand je lui présenterais mon interview "improvisée".
-
De toute façon, on a pas vraiment le choix. Allons-y,
Dis-je en soupirant.
-
Juste une chose...-
Oui ?-
Ca t'embêterais de me tutoyer et de m'appeler Hugo ? Parce que j'ai l'impression de prendre dix ans quand on m'appelle Monsieur ou qu'on me vouvoie.Je lui adresse un immense sourire. En deux minutes, il vient de balayer tous les préjugés que je me faisais sur les joueurs. Bon, évidemment, il vient juste de signer, il est tout jeune, alors ça ne suffit pas à m'enlever tous mes doutes, mais quand même. L'interview se déroule à merveille. Il conserve toujours son air timide, mais notre faible différence d'âge semble le mettre à l'aise.
-
Voilà, c'est fini.-
Oh, c'était du rapide,
Commente-t-il.
-
Pour une première interview, c'est plutôt pas mal.Tandis que je range mes affaires, il m'observe du coin de l'oeil.
-
Alors tu es journaliste à Nice ? Demande-t-il.
-
Non. Je suis une envoyée spéciale,
Dis-je avec un sourire.
-
Oh, alors tu va repartir ?-
Oui, je suis affiliée à Paris.
-
Paris... quelle ville morne... Nice, c'est bien mieux.-
Je dois avouer que c'est plutôt pas mal. J'y reviendrai à l'occasion.J'ai enfin fini de ranger mes affaires. Je lui tend maladroitement ma main, qu'il s'empresse de serrer.
-
Eh bien Hugo, je suis ravie d'avoir fait ta connaissance.-
Moi de même. -
Bonne continuation.-
A toi aussi.Je lui adresse un dernier sourire, puis je sors de la salle de presse. Voilà qu'en deux minutes, un jeune garçon, de vingt ans à peine, vient de boulverser toute la vision que je me faisais d'un joueur de football. Mais après tout, tout ça n'est qu'histoire de point de vue... Préjugés, comme toujours.